Le 1er janvier 2020, j’ai basculé officiellement dans la catégorie 60-64 ans. C’était le moment de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et de faire le bilan des 5 années d’entrainement passées en V4.
Bien sûr, les spécialistes du « Longue Distance » vont trouver le menu assez peu copieux mais cela représente 1802 séances en 1826 jours, 717 km de natation, 20117 km de vélo et 5040 km à pied. Un total qui équivaut à un peu plus de 500 triathlons M.
J’ai eu l’idée saugrenue, pour ne pas dire loufoque, d’imaginer un Ultra triathlon virtuel à partir des distances parcourues pendant cette demie décennie.
Pour des raisons pratiques (difficile de trouver un plan d’eau de plus de 700 km proche de Toulouse), J’ai choisi Marseille comme lieu de départ et d’arrivée.
Après, il faut imaginer. On pourrait presque fermer les yeux pour se plonger dans l’ambiance … mais ce n’est pas l’idéal pour lire.
Mon Ultra Triathlon Virtuel :
Nous sommes le samedi 4 janvier 2020 à 10 heures, la température est de 11°C et le ciel dégagé laisse apparaître un timide soleil. Depuis la plage du Prado, nous plongeons dans la grande bleue direction … Alger, ce qui correspond à quelques kilomètres près aux 717 km. A mi-parcours, Les Baléares offrent une petite sortie à l’Australienne.
Si la chance nous accompagne (et on dira que c’est le cas puisque l’on joue avec le virtuel), nous pourrons même « drafter » derrière quelques dauphins.

La gestion des repas et des nuits est assurée dans un bateau suiveur qui ne sera pas considéré comme une aide extérieure. Après plusieurs semaines d’effort, la plage de Bordj El Bahri se profile à l’horizon.
La transition ne nécessite pas une vitesse d’exécution diabolique. On peut même lézarder quelques instants sur le sable.
Le moment est maintenant venu d’enfourcher sa monture pour parcourir les (environ) 20117 km qui nous séparent de … Moscou.
Nous longeons la Méditerranée jusqu’à Tunis, puis Tripoli en Lybie avant de rejoindre Tobrouk … non pas en taxi mais à vélo (clin d’œil aux vieux cinéphiles !). Le prochain ravitaillement se trouve à Gizeh, au pied des pyramides et du Sphinx.

Nous n’avons plus qu’à suivre le Nil pour atteindre Le Caire (23 millions d’habitants – 9e métropole mondiale) et le Trésor de Toutankhamon après déjà 3660 km.
Nous franchissons le Canal de Suez et nous quittons l’Egypte pour nous rendre à Jérusalem en Israël. Inutile de s’attarder devant le Mur des Lamentations dans la vielle ville, le parcours est encore long jusqu’à la Place Rouge.
La route qui nous sépare de Bagdad, via la Jordanie, est sans doute assez inhospitalière mais qu’importe puisque nous sommes dans le virtuel…
Nous avons quitté les faubourgs d’Alger depuis 5460 km et dépassé le quart du parcours vélo, lorsque nous sortons de la Capitale de l’Irak. Il fait 22°C et le soleil chauffe. Dans 220 km, nous atteindrons la frontière de l’Iran. La prochaine étape sera Téhéran, une mégalopole de près de 15 millions d’habitants (plus que Moscou), située au pied des Monts Elbourz.

Il va falloir changer de braquet pour franchir ce massif et prendre la route de Kaboul en Afghanistan.
Lorsque nous abordons le poste frontière d’Islam Qala, nous pénétrons pleinement dans le domaine des grimpeurs. L’Afghanistan est un pays très montagneux, avec des sommets qui culminent à plus de 7000 m d’altitude. Heureusement que l’on est dans le virtuel !
On peut également rêver d’une trêve avec les Talibans, ce qui rendra un peu plus sûr, le chemin escarpé qui nous amène à Islamabad, la capitale du Pakistan, à 465 km de Kaboul.
Les deux pays sont séparés par une frontière de 2.400 kilomètres nommée la Ligne Durand, du nom d’un diplomate britannique l’ayant tracée en 1896, et contestée par l’Afghânistân qui ne la reconnaît pas comme frontière internationale.
Après de probables tracasseries administratives, nous voici dans le 5e pays le plus peuplé au monde, avec plus de 208 millions d’habitants. Nous prenons plein nord en direction des montagnes Karakoram et de la Chine. Nous apercevons le K2, le deuxième plus haut sommet au monde avec 8611 m en escaladant le Col de Khunjerab à 4693 m qui est le point passage frontalier le plus élevé de la planète. Le manque d’oxygène se fait clairement sentir !

En entrant dans la province chinoise de Xinjiang, nous sommes à mi-parcours de la partie cycliste et la traversée de « l’Empire du Soleil Levant » va s’étendre sur environ 3000 km. Ce sera une partie de plaisir avec, en particulier, le franchissement du Désert de Taklamakan, surnommé « La mer de la Mort » avec des températures variant de -20°C à 40°C selon la période. Entre montagne et sable, nous déambulons dans une région quasiment inhabitée, ce qui est un comble pour le pays le plus peuplé !
Ici passait, jadis, la fameuse « Route de la Soie » qui reliait la Chine au Moyen-Orient.
Notre chemin nous conduit au désert de Dzoosotoyn Elisen, nous sommes à proximité du Pôle Terrestre d’Inaccessibilité, c’est-à-dire le point de la terre ferme le plus éloigné d’un rivage du Globe (Il se trouve à plus de 2 600 km de la plus proche côte).
Nous quittons la Chine pour la Mongolie et ses grandes steppes et après 13770 km depuis Alger, sur les traces de Gengis Khan, nous découvrons Oulan Bator. En janvier, la température est en moyenne de – 23°C et la ville est parmi les 5 plus polluées au monde. Le ravitaillement dans une yourte traditionnelle ne va donc pas s’éterniser…
Dans 325 km, nous atteindrons notre dernier pays à vélo : La Russie, le plus vaste de la terre.
Nous pénétrons en Sibérie et apercevons déjà le Lac Baïkal. C’est le plus profond au monde (Maximum : 1642 m – Moyenne : 744 m) et pourtant, à cette période, il ressemble à une immense patinoire à la glace bleutée. C’est grandiose !

Il fait tout de même, virtuellement, -19°C, ce matin et cela ne va pas faciliter les conditions pour rouler jusqu’à Moscou.
Nous empruntons, la Transsibérienne, sur près de 3500 km entre Irkoutsk et Iekaterinbourg. Elle taille son chemin au milieu des conifères de la Taïga. Cette immense forêt représente 1/5 des arbres de la planète !
On y croise, les ours bruns, les loups, les lynx, les loutres ou les zibelines mais peu de chance de rencontrer le fameux Tigre de Sibérie qui vit plus à l’Est, dans la vallée du fleuve Amour.
Iekaterinbourg, la capitale de l’Oural, sera la dernière grande étape avant le parc à vélo. La quatrième ville du pays, a été, en 1918, le théâtre de l’assassinat du tsar Nicolas II et de toute sa famille par les bolcheviks. C’est, également, le lieu de rencontre de l’Europe et de l’Asie. Dans 40 km, nous passerons la ligne de démarcation entre les 2 continents et il ne restera plus que … 1750 km.
Voici enfin, la cathédrale Saint Basile le Bienheureux avec ses tours surmontées de bulbes colorés qui pourraient évoquer de grandes classes à l’italienne.

C’est un des joyaux de Moscou, qui trône aux abords de la Place Rouge et … de la zone de transition !
Après un changement express de chaussures, on amorce le retour, à pied, vers Marseille. Pour ce faire, direction… plein Nord !
Après 708 km de mise en bouche, nous entrons dans l’ancienne capitale de l’Empire Russe. Successivement Petrograd puis Leningrad avant de reprendre son nom d’origine, Saint Pétersbourg est la 2e ville d’Europe par sa superficie et la 5e par sa population.
Ses canaux et ses rivières bordés de palais lui ont valu le surnom de « Venise de la Baltique » et la ville est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1990.
La prochaine étape, Stockholm se trouve à 860 km mais … en empruntant un bateau. Il va donc falloir faire le tour de la mer Baltique, par la Finlande, ce qui représente… 1884 km.
Le poste frontière de Svetogorsk-Imatra ouvre la porte du pays d’Europe le plus boisé (86% du territoire). Courir en Finlande ressemble à une récompense. Durant une grande partie du 20e siècle, les « Finnois » dominèrent le demi-fond mondial. Après les titres olympiques d’Hannes Kolehmaïnen (1912 et 1920), Paavo Nurmi (1920, 1924 et 1928), Ville Ritola (1924 et 1928) et Ilmari Salminen (1936), Lasse Viren entre dans l’histoire en réussissant le doublé 5000 m-10000 m à Munich en 1972 et Montréal en 1976. Et oui, avant les kényans et les éthiopiens, les finlandais régnaient sur la « planète demi-fond ».
Nous atteignons bientôt notre point le plus septentrional. Nous sommes en pleine Laponie, à l’extrémité de la Mer Baltique et à proximité du Cercle Polaire et ses aurores boréales.

Nous venons de laissé sur la droite, la route qui mène à Rovaniemi, où se trouve la demeure officielle du … Père Noël !
Après le poste frontière d’Haparanda, la grande « descente » vers le Sud et la Canebière s’amorce. Nous taillons toujours notre chemin parmi les rennes et les loups mais également les martres ou les lemmings. Et puis aux abords de l’un des 92 409 lacs suédois de plus de 1 ha, on peut se réjouir de ne pas avoir à lutter contre certains habitants diaboliques qui sévissent en été : les hordes de moustiques …
Depuis que nous galopons en Suède, ce Triathlon Virtuel s’avère plus facile à imaginer, du moins au niveau des paysages car j’ai réellement visité ces contrés et ce sera maintenant le cas jusqu’à l’arrivée à Marseille.
Après 1022 km, Stockholm, ses 14 îles et ses plus de 50 ponts nous accueillent. La cité d’Alfred Nobel revendique, sans doute à juste titre, avec Bruges et Amsterdam, le surnom de « Venise du Nord ». Un petit ravitaillement rapide devant le Palais Royal et il ne faut pas lambiner car nous venons à peine de boucler la première moitié du parcours de course à pied.
622 km nous séparent du pont de l’Øresund qui relie les villes de Malmö en Suède et de Copenhague au Danemark.
C’est un véritable plaisir de retrouver la capitale danoise qui à l’origine était un petit port de pêche construit par les Vikings. Les célèbres maisons en bois aux façades colorées des quais de Nyhavn nous inciteraient plutôt à flâner ou à déguster une Carlsberg locale mais nous ne sommes pas en balade mais en compétition.

Néanmoins, on comprend aisément que le Danemark figure chaque année dans le top 3 mondial des pays où les gens sont les plus heureux d’après le World Happiness Report.
Le chemin le plus court jusqu’à Hambourg emprunte un Ferry et nous contraint donc à un détour par Odense (excellent souvenir sportif pour moi), la ville natale de l’écrivain Hans Christian Andersen, l’auteur des fameux contes.
Nous quittons le Danemark à Flensbourg en notant que c’est le 29e pays d’Europe par la superficie mais le 13e au monde en y intégrant … le territoire américain du Groenland qui appartient au royaume scandinave.
En Allemagne, nous entrons dans Hambourg, qui bien que situé à 110 km des rivages de la Mer du Nord est le 2e port européen. La ville est réputée pour ses extravagances, en raison du quartier de Sankt Pauli, voué tout entier à la vie nocturne…
Après avoir traversé la Basse-Saxe et usé nos chaussures de running sur les pavés des vieilles villes de Hanovre ou Göttingen, nous découvrons la ville la plus riche d’Allemagne et la 4e place financière d’Europe : Francfort.
Les premières traces d’occupation humaine relevées dans la région sont dues aux hommes de Neandertal, il y a 30 000 ans mais ce sont les Francs qui ont donné le nom à la ville (de Furt, gué ; Franken, les Francs). Charlemagne y fit d’ailleurs construire un palais où naquit son petit-fils Charles II le Chauve, futur empereur.
La ville presque totalement rasée à la fin de la seconde guerre mondiale est maintenant résolument moderne avec ses nombreux gratte-ciels.

Un peu avant de sortir de la ville, nous remarquons la pancarte « Arrivée : 1000 km » …
Jusqu’à la frontière suisse, à 340 km, on coure le long des berges du Rhin et en lisière de La Forêt-Noire, connue pour ses paysages toujours verdoyants et ses villages traditionnels. Sur notre droite, durant près de 200 km, on peut apercevoir, sur l’autre berge : La France !
Nous pénétrons en Suisse à Bâle. L’agglomération bâloise présente la particularité d’être tri-nationale puisqu’elle englobe les villes françaises de Saint-Louis et Huningue, et allemandes de Weil am Rhein et Lörrach. C’est aussi l’occasion d’échanger avec les habitants qui parlent notre langue, enfin…
L’aéroport de Bâle-Mulhouse, situé sur le territoire français est le seul au monde à avoir un statut binational. Il dessert notamment … Marseille !
Peu importe, nous n’allons pas abandonner, aussi près du but, alors que nous avons largement dépassé les 25000 km.
Malgré tout, le menu qui se propose à nous s’avère bien copieux : 90 km et 2330 m de dénivelé jusqu’au Col des Potins après avoir franchi le Mont Crosin.
La descente est vertigineuse jusqu’à Neuchâtel et le lac du même nom que nous longeons pendant près de 40 km. Ces rives étaient jadis fréquentées par l’homme préhistorique et son compagnon l’ours brun, dont on a retrouvé des ossements. Aujourd’hui, 70 000 oiseaux d’eau, de 48 espèces différentes occupent le territoire et cohabite avec les poissons emblématiques des lieux que sont le brochet et le silure glane qui peut dépasser les 2 m et les 100 kg.
Bientôt la route s’élève à nouveau puis dégringole jusqu’au lac Léman et Lausanne qui porte officiellement depuis 1994, le titre de « Capitale Olympique ».

On y trouve non seulement les sièges du Comité International Olympique (CIO) depuis 1915 et du Tribunal Arbitral du Sport mais aussi ceux d’une quarantaine de fédérations sportives internationales. Ironie du sort, la ville fut 6 fois candidate à l’organisation des Jeux Olympiques mais jamais désignée…
60 km de course à pied au bord du Lac Franco-Suisse s’offre maintenant à nous. Situé sur un courant migratoire, le Lac Léman (ou Lac de Genève) peut, en période estivale, accueillir plus de 150 000 oiseaux en provenance de Scandinavie et Europe de l’Est y compris la Sibérie. Il est cocasse de penser que les volatiles croisés au Lac Baïkal ou en Laponie seront ici dans quelques mois.

A l’extrémité sud, se dessine peu à peu un jet d’eau culminant à 140 m, c’est l’emblème de Genève, la ville qui abrite 23 organisations internationales et 759 ONG, de l’Organisation Mondiale de la Santé à celle du Commerce en passant par le Comité International de la Croix-Rouge ou le siège Européen des Nations Unies. C’est un record mondial !
Genève entre également dans le Top 10 des villes où il fait bon vivre. Elle se situe en 9e position. Parmi les villes que nous avons traversées, Francfort est 7e, Copenhague 8e, Bâle 10e et… Bagdad 227e sur 230.
Après 7 petits kilomètres de footing, nous passons notre dernière frontière et retrouvons l’air du pays. Les 420 km qui nous séparent de la ligne d’arrivée sur le Vieux Port sont vallonnés et sinueux. Nous passons à l’extrémité du Lac d’Annecy puis quelques heures plus tard nous longeons une partie de celui du Bourget. C’est le lac le plus profond de France avec un maximum à 145 m.
Jadis, un certain Lamartine, nous a précédé sur ces berges, qui lui inspirèrent plusieurs poèmes. Mais nous ne pouvons, comme lui, nous permettre de flâner : La course continue !
Entre Chambéry et Grenoble, il nous faut franchir plusieurs cols. Et cela n’arrête pas après, sur la fameuse « Route Napoléon », jusqu’au Col Bayard qui domine Gap. De Sisteron à Aix en Provence, sous un pâle soleil, on imagine volontiers les champs de lavande et le chant des cigales lorsque reviendra l’été.
Enfin, après avoir visité 21 pays sur 25874 km, nous entrons, en petites foulées, dans la Cité Phocéenne. Aux abords de la banderole d’arrivée, nous percevons la célèbre voix d’Olivier Bachet, le speaker du triathlon et les acclamations du public marseillais donnent un petit air de Stade Vélodrome à cette dernière ligne droite.

Il n’y a pas de vainqueur dans ce triathlon virtuel !
Ou plutôt, il n’y a que des vainqueurs : ceux qui, sans vraiment s’en rendre compte, accumulent les kilomètres de natation, de vélo et de course à pied, de jours en jours pour avoir le droit de vivre des instants magiques.
Et ça, ce n’est pas du virtuel !

Natation : 717 km.
Marseille – Alger : (Sortie à l’Australienne aux Baléares).
Vélo : 20117 km.
Alger – Tunis – Tripoli (Lybie) – Le Caire (Egypte) – Tel Aviv (Israël) – Bagdad (Irak) – Téhéran (Iran) – Kaboul (Afghanistan) – Islamabad (Pakistan) – Urumqi (Chine) – Oulan-Bator (Mongolie) – Moscou.
Course à Pied : 5040 km.
Moscou – Saint Pétersbourg (Russie) – Helsinki (Finlande) – Lulea (Suède) – Stockholm (Suède) – Copenhague (Danemark) – Hambourg (Allemagne) – Genève (Suisse) – Marseille.
Cela représente les distances parcourues (entraînements et compétitions), du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019, c’est à dire les 5 années passées dans la catégorie M4…