« Jeux de maux » ou la petite histoire de mon Ironbask

 

IronbaskDistance

Saint-Jean-de-Luz, le samedi 8 septembre 2012.

La petite aiguille de l’horloge, sur le fronton de l’église Saint Jean Baptiste, va bientôt boucler son septième tour alors que la nuit n’a pas encore retiré son jogging noir.

Sur la plage, on distingue péniblement de sombres silhouettes qui déambulent, serrées les unes contre les autres, comme les manchots sur la banquise. Ce sont les valeureux concurrents de l’Ironbask dans leur combinaison en néoprène, ceux qui comme moi, vont tenter de relever le défi : 3,8km de natation, 180km de vélo au cœur du Pays-Basque et 42,195km de course à pied.

On perçoit à peine quelques chuchotements, même le clapotis des vagues semble feutré, personne n’ose déranger Donibane-Lohizune* encore endormie.  

* Saint-Jean-de-Luz en basque

Les secondes s’égrènent. La cohorte de triathlètes glisse peu à peu jusqu’à l’eau étonnement tiède de la baie de St Jean de Luz. Les embruns, doux présage pour un ironman**, pulvérisent un parfum iodé.  

** Le célèbre Embrunman est l’un des triathlons les plus durs.

Progressivement, une musique berce mon attente. Au début, je pense à une sorte de ronronnement puis le rythme devient plus rapide, les percussions se font plus distinctes. Je crois reconnaitre les tambours basques et j’imagine les groupes folkloriques de blanc vêtus et arborant ceinture et béret rouges.

Dans les instants qui précèdent le signal de départ et de délivrance, l’angoisse se dissipe au profit d’une joie intérieure proche de la sérénité. Libéré de ce carcan d’interrogations et de doutes, je peux enfin savourer ces moments.

Je remarque alors, que la joyeuse banda semble s’éloigner…, ce n’était, en réalité, que les battements de mon cœur…

Soudain, les premières bouées s’éclairent, dérisoires lucioles dans cette immensité encore sombre. Bientôt, la corne de brume fend le silence. C’est un peu comme une musique de générique dans une salle obscure : le film commence !

Les images, les cris, les odeurs se mêlent dans un feu d’artifice de frissons et d’émotions : mon rêve prend vie !

Mes premières longueurs s’avèrent délicieuses : elles ont la saveur gourmande et enivrante de la première gorgée de bière sous un soleil de plomb. Les sensations sont exacerbées par la pénombre qui règne encore sur cet océan si calme. L’éclairage des bouées donne aux flots des reflets argentés. J’avale avec appétit les mille neuf cents mètres de la première boucle.

En regagnant le sable, une première fois, je distingue les lueurs du jour. A l’horizon, les petites maisons aux volets rouges du port de Socoa se redessinent lentement. J’adresse, dans un espagnol incertain, quelques encouragements à un ibérique compagnon de fortune ou d’infortune. Son air incrédule en dit long sur ma modeste prestation linguistique…

La deuxième boucle s’avère un peu plus délicate. Je songe alors au chemin parcouru depuis mes débuts laborieux, à cette mue pas totalement achevée qui me fait presque ressembler à un nageur… Les jambes deviennent un peu lourdes, le geste se fait plus saccadé mais qu’importe, je n’ai qu’une obsession : cette arche bleue gonflée sur la plage.

C‘est comme une barbe à papa à la fête foraine, un caprice d’enfant que personne ne peut résonner. Je la veux et je l’aurai !

Mon premier objectif est bientôt atteint !

L’eau douce d’une douche providentielle efface le sel déposé sur la bouche. Elle favorise aussi la métamorphose des amphibiens pour affronter le monde terrestre !

C’est avec quinze minutes d’avance sur mes estimations que je m’élance pour une longue transition. Un soleil encore timide vient réchauffer le pavé près de la criée. Je serpente au milieu des badauds matinaux qui longent le port de pêche. Ma transition sera lente mais méticuleuse : surtout ne rien oublier !

Un nouveau défi se dresse devant moi : gérer les cents quatre-vingt kilomètres de vélo en domptant les deux mille mètres de dénivelé…

En enfourchant ma valeureuse monture, je songe au pottok, le courageux petit cheval basque qui arpente les flancs du massif d’Artzamendi, tout près d’ici. Il est réputé pour sa rusticité et son endurance, des qualités indispensables pour mener à bien ma mission.

Afin de museler mes envies de me jeter à corps perdu dans la course, je décide d’endormir le compétiteur qui est en moi, en me délectant du spectacle qui m’entoure.

Je veux profiter de toutes les friandises visuelles qui vont jalonner mon parcours : le vénérable fronton d’Aïnhoa adossé à l’église, les guirlandes de piments qui ornent les façades des maisons d’Espelette ou les traditionnelles fermes basques posées sur de vertes prairies.

Soudain, sur le long ruban d’asphalte, j’aperçois d’autres forçats du triple effort. Ils me rappellent les petits coureurs en métal de mon enfance. Les Merckx, Poulidor et Ocaña que nous déplacions, mon frère et moi, sur les routes de notre « Tour de France », tracées dans un coin du jardin…

Pourtant, mes pensées vagabondes se heurtent parfois à la dure réalité. Fréquemment la route se cabre dangereusement devant moi. Le souffle devient court, le cœur s’affole un peu, les poumons commencent à brûler et les muscles se raidissent. Alors, une seule idée m’obsède : économiser mes forces.

Chaque obstacle franchi est comme un bâton tracé à la craie sur le mur d’une geôle, jusqu’à la délivrance… Moi, je ne suis prisonnier que de ma passion et je purge ma peine avec entrain. A chaque passage de sommet, je m’accorde une récompense : un mini-carambar, une noix de cajou ou un bretzel… Des mets dérisoires en d’autres lieux, en d’autres temps … mais là ce sont des délices de réconfort que l’on picore avec gourmandise…

Cela tient plus de la diététique du mental que de la gestion du ravitaillement !

Pour ce qui est de la recharge, proprement dite, de mes réserves, j’avale goulument, à intervalles réguliers, de petits sandwichs jambon-St Moret ou des Pom’pots, que j’arrose d’une boisson énergétique millésimée… « Alimentaire », mon cher Watson !

Durant ma « course buissonnière », un cliquetis métallique provenant de mon dérailleur bat la mesure alors que je poursuis ma cueillette de paysages inoubliables. Je croise les doigts pour que la mécanique ne m’abandonne pas…

Nous empruntons maintenant une route très étroite qui chemine à travers les coteaux. Les pentes deviennent diaboliques, le pourcentage atteint parfois 20% !…

Ce coin de terre est décidemment une surprise permanente, mais là, je découvre « l’enfer du décor » !…

Nous ne sommes qu’au 70e kilomètre et il faudra à nouveau franchir ces obstacles dans quelques heures. Je m’efforce de chasser de mon esprit cette sombre vision. Dans ces moments délicats, les encouragements des spectateurs sont un soutien inestimable…

À l’entame du deuxième tour, en songeant aux difficultés qui m’attendent, je ne pense qu’à gérer.

Un proverbe basque dit : « Celui qui a passé le gué sait combien la rivière est profonde… »

Je dois trouver un équilibre subtil : se plonger dans une sorte d’état second pour supporter les multiples tortures infligées par le parcours et garder suffisamment de lucidité pour éviter l’accident et maitriser la gestion de la course.

Le soleil assassin ajoute à la souffrance mille piqures, la gorge est asséchée comme un ruisseau au milieu des terres arides…

Les grandes lampées d’une eau rendue tiède par la chaleur, n’étanche que sommairement ma soif et chaque point de ravitaillement en boisson fraiche se dresse comme une oasis.

Je tente malgré tout de savourer chaque instant, de m’imprégner de ce Pays Basque et de son peuple authentique, pour en puiser un supplément de force.

Le compétiteur qui est en moi ne dort que d’un œil. Je calcule et recalcule, mes temps de passage pour rester dans le rythme. Lorsque je rattrape un autre triathlète, je l’encourage mais j’avoue égoïstement qu’un coin de ma tête ressemble à la carlingue d’un avion : j’y peins une croix pour chaque ennemi abattu…

Et les kilomètres défilent… plus ou moins vite !

Quelle drôle d’idée que ce triptyque sans but réel si ce n’est de flirter avec ses limites. Je me dis qu’au moins, je serai le premier de la famille à relever un tel défi. Et pourtant, en fouillant un peu dans ma mémoire, je m’aperçois que l’exploit, si s’en est un, est plutôt dérisoire au regard de ce que mes aïeux ont accompli.

En effet, durant la seconde guerre mondiale, mon arrière-grand-père paternel relia Paris à Brive à vélo. N’ayant plus de pneus, il avait collé sur les jantes de vieux tuyaux d’arrosage. Je l’imagine sur des routes empierrées, avec son matériel de fortune et sans doute peu de ravitaillement en ces temps de crise. Son but n’était pas de relever un quelconque challenge sportif mais « simplement » de retrouver son épouse et mon père immobilisés en Corrèze à la suite du bombardement de leur train.

Que dire de mon grand-père maternel, prisonnier en Allemagne, qui s’évada de la ferme dans laquelle il était retenu, pour rentrer chez lui, en Bourgogne … à pied. Sans carte, sans repère et avec l’obsession de passer inaperçu, il traversa cette terre hostile avant de retrouver la France occupée. Il n’avait probablement rien à avaler … si ce n’est les centaines de kilomètres de routes ou de chemins ! Mais pourquoi tenter l’impossible, alors qu’il était relativement bien traité ? Lui, le cycliste renommé, spécialiste de la piste, rêvait-il d’un nouvel exploit ? Non ! Il voulait juste revoir, le plus vite possible, sa femme et sa jeune fille : ma mère.

Ma « longue balade » me semble soudain bien accessoire mais … je dois être digne de mes ancêtres. Raison de plus pour aller jusqu’au bout et leur rendre hommage.
Enfin, je crois deviner les premières maisons de Saint Jean de Luz à l’horizon mais… l’horizon c’est ce qui recule lorsque l’on avance !… Les derniers kilomètres semblent mesurer bien plus que mille mètres.

Alors que mon compteur affiche 176 kilomètres, je m’aperçois que ma monture m’abandonne un peu, elle se dégonfle : mon pneu arrière est victime d’une crevaison lente !

Je décide de poursuivre ma route ainsi et après presque 7 heures d’effort, j’entrevois le bout du chemin. Je pense à la transition et au marathon qui se profile. Le moral est au beau fixe !

Mais soudain, mes cuisses se tétanisent et j’ai à peine le temps de freiner avant de me laisser tomber sur le trottoir. Les crampes me martyrisent. Chaque seconde semble durer une éternité. Après de longues minutes, je parviens enfin à me dégager de mon vélo et j’essaie de marcher… La douleur s’estompe un peu mais tout s’écroule dans ma tête !

Je vais devoir abandonner, sans pouvoir terminer ma deuxième épreuve, si près du  but !…

Mon rêve s’évanouit. C’est comme un vieux film noir et blanc qui s’embrase sous le projecteur d’une salle obscure. Au début un coin de l’écran commence à jaunir puis la pellicule se consume peu à peu sous les yeux médusés des spectateurs qui ne verront jamais s’inscrire le mot « FIN ».

Huit mois d’entraînement, deux cents quarante-cinq jours d’un mélange d’impatience et d’appréhension, cinq cent cinquante-huit kilomètres de course à pied, quatre mille quarante-cinq kilomètres de vélo, trois cent trente et un kilomètres de natation et un nombre incalculable de fois où j’ai imaginé que je franchissais cette ligne d’arrivée mythique…

Non ! Il faut que je rajoute quatre malheureux kilomètres à mon décompte pour au moins atteindre le parc et entamer ma dernière épreuve. Je ne tiendrai, sans doute, que quelques minutes avant de rendre les armes mais j’aurai au moins bouclé le triple effort, certes un peu déséquilibré (3,8km-180km et 1km !). Une toute petite partie de moi est encore capable d’en rire, il y a de l’espoir !

Lorsque qu’enfin, je mets pied à terre à l’entrée du parc à vélo, Jean-Baptiste, mon fils m’encourage : « tu as l’air bien… j’en ai vu en plus mauvais état… ».

Ces quelques mots me revigorent un peu. Tout n’est pas perdu !
Je m’évertue à me débarrasser de mon cuissard comme s’il contenait mes crampes… En me voyant grimacer, les premiers « finishers » du half veulent me rassurer en me disant que les kinés vont s’occuper de moi après la douche… Ils ignorent que je dispute l’ironman !…

J’enfile tant bien que mal ma tenue de course à pied sous leurs yeux incrédules. L’un d’eux me lance : « effectivement ce n’est pas gagné mais on ne sait jamais… ».

Avant que mon moral ne défaille vraiment, je me précipite « avec lenteur » en dehors du parc et je me mets à trottiner doucement : le mot est faible !
J’escargote plus que je ne coure. Je traine ma misère sur mon dos et Jean-Baptiste, en claquettes, m’accompagne sans peine…

Sur le pont qui enjambe la Nivelle et relie Saint-Jean-de-Luz à Ciboure, je retrouve quelques sensations. Sans pour autant me muer en colimaçon de compétition, je lambine un peu moins. Les encouragements d’un public nombreux piquent mon orgueil. Pendant quelques secondes, je réalise que malgré tout, je n’ai pas pris trop de retard sur mon plan de marche. Je songe qu’en retrouvant une bonne vitesse de course, je peux encore réaliser une honorable performance.

Si mon corps semble las, ma tête bouillonne. C’est une terrible « scène de méninges » !

Que dois-je faire ? Gérer pour finir ou tenter … le diable ?

Comme souvent dans ces moments d’incertitude, votre corps vous envoie un message sans équivoque : à la suite d’une infime accélération, mes cuisses se tétanisent à nouveau. Je dois me résoudre à marcher.

Je deviens alors Perette dans « La laitière et le pot au lait » : adieu veau, vache, cochon, couvée, …, performance et classement.

Le train de mes illusions quitte lentement la gare de Saint-Jean de Luz – Ciboure et je reste sur le quai !…

Comme le cycliste qui vois inexorablement s’éloigner le peloton ou le marathonien avalé par le meneur d’allure, je dois encaisser le coup. J’ai certes trouvé une réponse à mes interrogations mais elle est cinglante !

Il reste plus de quarante kilomètres, la chaleur est torride, les crampes menacent sans cesse et… je dois finir.

Oui ! Il faut coût que coût que je boucle mon premier Ironman. Je n’ai plus à me poser de questions, je mettrai le temps qu’il faudra mais j’irai au bout !

Une seule tactique : gérer, gérer et encore… gérer.

Prendre le temps de prendre son temps : se ravitailler tranquillement, boire, s’arroser…

Ce triathlon est devenu pour moi, une apologie de la lenteur, une manifestation à la gloire de la tortue. Décidemment, M. De La Fontaine est dans la course…

Quelques instants plus tard, je croise ma fille Marion qui, à 20 ans, entame le dernier kilomètre de son premier half : 1,9km de natation, 90km de vélo et un semi-marathon !
Elle semble fatiguée mais heureuse. Nous nous encourageons mutuellement. Cet échange furtif me donne de l’énergie. Mon moral est au beau fixe : il ne reste que 38 km !

Le parcours, pour ne pas dire le chemin de croix, est un circuit à couvrir quatre fois. Il est constitué d’un aller-retour de chaque côté de la Nivelle et d’une petite boucle près de l’arrivée, au bord de la criée.

Je passe successivement du chaud soleil à l’ombre salvatrice, du bruit de la foule au calme des pécheurs près de la rivière. J’alterne beaucoup de marche avec un peu de course … lorsque je trace mon chemin au milieu des spectateurs.

Orgueil mal placé ou professionnalisme exacerbé (the show must go on…), à vous de choisir !

A certains endroits, je retrouve Jean-Baptiste qui m’accompagne pendant quelques minutes. On échange peu mais sa présence m’aide à porter mon fardeau. Il me lit les messages de sa sœur Fanny, d’Hélène, mon épouse, de ma mère, de toute la famille et des amis qui croient en moi et que je m’interdis de décevoir.

Pour atteindre mon objectif, j’essaie donc de profiter de chaque instant, de l’ambiance de fête au décor magique, mais je m’évertue, également, à éviter le regard de certains badauds car j’y lis plus de pitié que d’admiration…

Il faut bien l’avouer, il y a longtemps que je ne coure plus contre la montre mais … que je marche avec ma montre, qui logiquement, devrait terminer dans le même temps que moi !

Lorsque je croise d’autres concurrents, je vois, parfois, dans leurs yeux, beaucoup de détresse et de souffrance. Certains essuient même de terribles défaillances. J’ai honte de le dire mais je puise dans leur malheur un certain réconfort. Il n’y a là aucune méchanceté mais simplement la preuve que je fais le bon choix en me préservant au maximum.

Ne croyez-pas, pourtant, que ce marathon est, pour moi, un long fleuve tranquille.
Les crampes et les ampoules rivalisent d’espièglerie pour m’anéantir. C’est, sans doute, ce que l’on appelle les « jeux de maux » ou « les maux croisés »…

Il faut serrer des dents mais malgré tout, mon moral n’est pas atteint. Rien ni fera. J’irai jusqu’au bout car il le faut ! C’est ma tournée de « mental haut » ! …

Winston Churchill disait : « Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Puis un jour est arrivé quelqu’un qui ne le savait pas et il l’a fait. ».

Dieu me pardonne… J’avoue distribuer parfois des « coups de pied aux cultes » et si j’ai une religion, ce n’est pas de croire en un dieu mais de croire en un mieux…

Alors comme dans de tels moments, il n’y a pas de place pour une « crise de foi » : on ne laisse pas le doute s’installer et on continue à s’accrocher. Ça va aller !

Là-bas, sur le fronton de l’église, la grande aiguille de l’horloge n’a pas cessé de prendre des tours à sa petite sœur. Elle l’a dépassée toutes les 65 minutes et celui qui cochait ses passages sur une ardoise, n’aura bientôt plus de craie.

Le jour commence à tirer sa révérence. Le soleil, lui, est déjà couché : le veinard !

Insensiblement les couleurs s’estompent et la chaleur se dissipe. Peu à peu, le ciel se noie dans la baie de Socoa et on ne distingue presque plus les fortifications. La lune profite du miroitement métallique de la Nivelle pour peaufiner son maquillage avant d’entrer véritablement en scène.

Lorsque je quitte une dernière fois Saint Jean de Luz, en direction du golf de Chantaco, je m’enfonce vraiment dans la nuit. Je suis loin de l’agitation du centre-ville, où se déroule l’arrivée et la remise de récompenses des courses annexes. J’ai demandé à mes enfants de m’y attendre près du podium.

Je savoure, seul, ces derniers moments : la tête dans les étoiles et les yeux dans les cieux…

Je fais le « plein des sens » : Après avoir privilégié la vue et l’ouïe, je perçois, maintenant, les odeurs d’herbes humides près du golf, le goût du sel sur les lèvres, les caresses d’une petite brise sur la peau…

Et puis je profite de cette sensation unique, lorsque l’on est tout prêt de relever son défi et même si c’est un défi par défaut !…

Seul le sport, cette « passion magique », celle qui me meut (comme dirait la vache…), peut procurer une telle émotion. Nager, Rouler, Courir pour rien ! C’est tellement inutile que cela devient indispensable.

Ces instants qui mêlent fierté et délivrance, sueur et pleurs, resteront gravés à jamais, comme une sorte de tatouage intérieur. C’est une œuvre terriblement égoïste, que l’on peut décrire mais pas partager !

Pour terminer dignement, j’ai décidé de me remettre à courir à 1km de l’arrivée.

J’ai l’impression de redémarrer un vieux tacot rouillé qui hoquette puis tousse une épaisse fumée noire avant de s’élancer chaotiquement. Il ne manque que les grincements. En me voyant, les passants doivent penser que j’ai bu mais si je suis ivre, c’est de bonheur !

Dans quelques minutes je deviendrai « homme de fer » mais pour l’instant : « I run man ! » … et c’est presque un miracle.

La pente douce à la sortie du tunnel semble rivaliser avec les pires passages de l’Alpe d’Huez mais je parviens pourtant à franchir ce dernier obstacle.

Je pénètre dans l’aire d’arrivée en pleine cérémonie protocolaire et passe, soudain, de l’ombre à la lumière, du silence à l’effervescence. Durant ces derniers mètres, les spectateurs m’offrent une belle ovation. C’est celle que l’on réserve, en général, aux derniers, aux valeureux combattants… mais celle qui pour moi déclenche la larme…
L’heure de gloire ou leurre de gloire ? Peu importe !

Il bruine derrière mes paupières… Je frissonne en pensant à mes proches, à mes amis, à ceux qui m’ont soutenu.

Il ne me reste plus qu’à me hisser, à « maux couverts », sur le podium où m’attendent le fameux polo « finisher » et la médaille.

J’aperçois Marion et Jean-Baptiste près de la ligne. J’ébauche un sourire. Je serre les poings.

C‘EST GAGNÉ !

VICTORIA AMAT OPERAM, PATIENTIAM ET AMBITIONEM
(La victoire aime l’effort, la patience et l’ambition)

 


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